L'énergie créative

VIVE LES VACANCES!

Par Manon Renaud

 

Louise et Jacques décident après vingt ans de renouer l’expérience du camping. La petite Honda roule les kilomètres en chansons et en musique vers la Baie des Chaleurs.

 

Arrivés sur les lieux au camping de Carleton-sur-mer, la nature gaspésienne exalte les cœurs des vacanciers dès le premier regard par la beauté émeraude des montagnes avec la magnificence bleue de l’horizon. Les goélands, les hirondelles de mer, les sternes volettent leur ballet dans le ciel d’azur tout en chantant, sans omettre les mouches noires, les maringouins et les guêpes qui tourbillonnent autour des estivants.

 

Avec patience et complicité calculées, Louise et Jacques montent leur tente. Badigeonnés de chasse-moustiques et de crème solaire, les touristes se promènent main dans la main sur le terrain en bordure de mer et respirent à grands poumons l’air salin, heureux comme peuvent l’être des gens en vacances. Le ciel est limpide, le soleil rayonne et le vent chatouille les voiliers glissant sur l’eau. Tout est bellissime. Pas d’heure, pas de contrainte. Des vacances sans prétention, sans stress et riche en beauté naturelle.

 

Première soirée, épuisés de la route, ils prennent un repas léger, se couchent tôt et dorment comme des loirs. À leur réveil, Louise et Jacques planifient la journée tout en prévoyant une soirée d’amoureux avec sérénades et feu en plein air.

 

Vers 16 heures, Jacques part acheter des victuailles et du homard à la poissonnerie du village. Pendant ce temps, Louise prépare l’accueil de son retour. Tout en fredonnant, elle agrémente la table de beaux couverts, de fleurs sauvages et le vin rosé se rafraîchit dans l’eau de mer. Elle organise l’intérieur de la tente et sort de son cocon toute fébrile. Satisfaite.

 

Imprévisible et capricieuse, la nature manifeste parfois ses humeurs extrêmes dans le temps de le dire.

 

Tout devient sombre. Le vent se soulève avec une force croissante, de lourds nuages envahissent le ciel, la mer s’agite dans un mouvement de va et vient de plus en plus intense, les vagues se fracassent en ressac sur les rochers des berges. Le tonnerre roule et gronde. La pluie tombe en trombe … et c’est la douche.

Coupes de verre brisées, bouquets de fleurs disparus, assiettes dispersées, Louise se retourne vers la mer, le mousseux n’y est plus. Toute trempée, elle se réfugie dans son abri … et attend.

 

Le vent siffle et gonfle l’intérieur de son refuge. La tente tendue comme la peau d’un tambour ballotte dans toutes les directions et amplifie les percussions de la pluie. La toile de protection claque à répétition et se détache à moitié permettant à l’eau de s’infiltrer.

 

Ayant fait demi-tour, inquiet, Jacques revient sans crustacé et voit le champ de bataille. Il aperçoit Louise assise au centre de la tente devenue une barboteuse. Jacques rit avec tendresse devant ce touchant tableau. « Ce n’est pas grave, on va coucher à l’hôtel. »: dit-il.

 

 

 

« Bonne nuit, chérie. Je t’aime. »

« Moi aussi. Bisou. »

« Aie! Ouche! J’ai une crampe. »

« Aie! Mon dos. »

 

Aucune chambre disponible au village et ni aux alentours, Louise et Jacques essayent de dormir dans la petite voiture Honda au terrain de camping de Carleton-sur-mer.