Par Julie-Anne Richard, directrice générale, Association professionnelle des diffuseurs de spectacles – RIDEAU
Tania Kontoyanni, présidente, Union des artistes
En parcourant le rapport du Vérificateur général , en novembre dernier, quel ne fut pas notre grand étonnement de constater que parmi, les mesures d’économie analysées par le ministère de l’Éducation (MEQ), figurait une réduction de 13 M$ de l’enveloppe budgétaire consacrée au programme La culture à l’école et aux sorties scolaires en milieu culturel dès 2026-2027, puis une coupe de moitié à compter de 2027-2028. Deux mesures qui constituent pourtant un legs important du gouvernement actuel.
Rappelons les faits. La mesure des sorties scolaires est née d’un contexte où un parent contestait, par recours collectif, les frais imposés pour les sorties scolaires. Le ministre de l’Éducation de l’époque, Sébastien Proulx, avait alors statué que ces frais ne pouvaient plus être refilés aux parents. Reconnaissant enfin qu’aucun enfant ne devrait être privé d’un contact direct avec l’art et la culture pour des raisons financières, le premier ministre François Legault concrétisait, en 2019, sa promesse électorale de rendre deux sorties scolaires culturelles obligatoires pour tous les élèves. Il y consacrait 30 M$ annuellement. Ce principe est désormais inscrit dans le cadre réglementaire de la Loi sur l’instruction publique. Revenir aujourd’hui sur cet engagement ne constituerait pas un simple ajustement budgétaire, mais un recul majeur, privant les enfants d’un service pourtant garanti.
Emprunter cette voie serait totalement incohérent avec les orientations mises de l’avant par le ministre de la Culture et des Communications lui-même. Celui-ci affirme haut et fort qu’on doit multiplier les occasions pour les jeunes d’entrer en contact avec l’art et les contenus culturels québécois et francophones, dès le plus jeune âge.
D’ailleurs, récemment convié par le ministre Lacombe à d’importants travaux sur l’avenir des arts au Québec, le milieu culturel allait dans le même sens en recommandant la mise en place d’un réseau d’agents facilitateurs pour le développement « Jeune public ». Cela aurait pour but d’accroître et de faciliter l’accès à la fréquentation culturelle de nos jeunes sur tout le territoire. La volonté du ministre d’aller de l’avant en étudiant dès la prochaine année la faisabilité d’une telle initiative s’aligne sur cette grande priorité. Comment justifier alors qu’on réduise les fonds ayant pourtant permis d’élargir l’accès des jeunes à la culture de manière significative dans les dernières années ? On ne peut à la fois vouloir rapprocher les jeunes de notre culture et fragiliser les initiatives qui les y conduisent.
Les impacts positifs de ces programmes sont pourtant mesurables. Une étude du Groupe de travail sur la fréquentation des arts de la scène parue en 2020 établit un lien direct entre l’exposition des jeunes aux œuvres culturelles dès leur parcours scolaire et le taux de fréquentation des arts vivants à l’âge adulte. Ces programmes jouent également un rôle structurant en matière d’intégration et francisation des élèves, des enjeux fondamentaux pour notre société.
Enfin, il y a à peine un an, le milieu culturel se mobilisait avec force pour faire valoir les défis importants auxquels il est confronté. En entendant ce cri du cœur, le gouvernement haussait le budget de base du Conseil des arts et des lettres du Québec de quelque 60 M$. Un gain historique qui témoignait de l’urgence de la situation et lançait un message clair : la culture n’est pas une dépense accessoire, c’est un investissement sur lequel bâtir notre avenir collectif. Les compressions envisagées retrancheraient 26,5 M$ au secteur culturel : une perte considérable pour un milieu déjà sous tension, et un geste incompréhensible vu les efforts budgétaires consentis l’an dernier. Un signal pour le moins contradictoire.
Dans un contexte mondial où la culture est mise à rude épreuve par la concentration croissante d’une industrie culturelle mondialisée, voulons-nous vraiment affaiblir davantage le lien entre la jeunesse québécoise et les œuvres créées ici ?
Poser la question, c’est y répondre!
Le Front commun pour les arts
Parise Mongrain, directrice générale, Regroupement québécois de la danse (RQD)
Annie Vanasse vice-présidente, Québec ; Maxime Lalanne, vice-président Montréal ; Marie-France Mathieu, administratrice, Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ)
Nadia Drouin, directrice générale d’En Piste, regroupement national des arts du cirque
Camille Cazin, directrice générale, Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV)
Éric Lord, directeur général, Réseau Culture 360
Valérie Richard, co-présidente, Regroupement des médiatrices et médiateurs culturel.les du Québec (RMCQ)
Hélène Hotton, directrice générale, Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)
Françoise Landry, directrice générale, Regroupement des arts de rue du Québec
Sonia Pelletier, directrice générale, Regroupement de pairs des arts indépendants de recherche et d’expérimentation (REPAIRE)
Armandine Siess, directrice générale, Association des cinémas parallèles du Québec – ACPQ
Anie Deslauriers, directrice générale, Association des galeries d’art contemporain (AGAC)
Caroline Gignac, directrice générale, Conseil québécois du théâtre (CQT)
Dominic Trudel, directeur général, Conseil québécois de la musique (CQM)
Mariouche Gagné, directrice générale, Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ)
Catherine Bodmer, directrice générale, Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec (RCAAQ)
Lily Thibeault, directrice générale, Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP)
Stephane Chagnon, directeur général, Société des musées du Québec
Mo Carpel, directeur général, Regroupement du conte au Québec
Mariouche Gagné, directrice générale, Centre des métiers d’art du Québec (CMAQ)
Pauline Stive, co-présidente, Illustration Québec (IQ)
Alexandre Chartrand, DOC Québec
Les membres du Front Commun pour les arts sont appuyés par la Fédération autonome des enseignants (FAE), la Fédération des associations musicales du Québec (FAMQ) et la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN).